Un “accélérateur” agricole qui n’accélère qu’un système qui va droit dans le mur ! 

Inondations, canicules et vagues de chaleurs, sécheresse … tout le monde agricole a été durement touché par les conditions climatiques cette année. Pourtant, la droite régionale est passée à côté d’une réponse politique à la hauteur. En effet, la majorité a  présenté son “Accélérateur agricole” (déjà annoncé en février…), qui soulève des questions. Pour le groupe L’Écologie ensemble, il manque  l’essentiel : une véritable ambition de transformation agricole, des moyens à la hauteur des enjeux et des garanties pour préserver l’eau et les sols.

Après un été caniculaire qui a mis les fermes et plantations  à rude épreuve, l’urgence est là. Notre agriculture doit pouvoir s’adapter au changement climatique, garantir une juste rémunération aux agricultrices et agriculteurs, préserver les ressources naturelles et produire une alimentation de qualité.

L’accélérateur foncier aurait pu ouvrir cette voie. Nous regrettons que la majorité régionale ait choisi une autre approche : faciliter et accélérer les projets sans définir suffisamment clairement les conditions environnementales qui doivent les accompagner.

Un accélérateur qui ne répond pas aux véritables défis agricoles

Le foncier agricole n’est pas une ressource comme une autre. Il conditionne notre capacité à produire une alimentation de qualité, à préserver la biodiversité, à maintenir les haies et les infrastructures agroécologiques, mais aussi à protéger les sols et à gérer durablement l’eau.

L’enjeu ne peut donc pas se limiter à accélérer l’accès aux terres et à accélérer des projets non-vertueux pour l’environnement ! Il faut déterminer quelle agriculture nous voulons installer, soutenir et transmettre pour les décennies à venir.

Quels critères permettront de distinguer les projets qui contribuent réellement à la transition agroécologique de ceux qui prolongent des pratiques fortement dépendantes des intrants, consommatrices en eau ou susceptibles de fragiliser les écosystèmes ? Quelle place sera accordée à l’agriculture biologique, à l’agroforesterie, aux économies d’eau et à la diversification des productions ? Aucune prise en compte de ces enjeux par la majorité régionale. 

Son budget dédié nous paraît sans commune mesure avec les transformations nécessaires (500 000 euros …) Il ne répond pas non plus aux enjeux fondamentaux de quantité et de qualité de l’eau. Enfin, son unique orientation vers l’élevage laisse de côté un autre secteur essentiel à notre souveraineté alimentaire : le maraîchage. Si nous soutenons la transition des élevages, nous rappelons la nécessité de réduire la taille des élevages plutôt que de soutenir des élevages intensifs XXL qui exposent les animaux. 

Le maraîchage doit pourtant être pleinement intégré à la stratégie régionale. Diversifier nos productions, développer une alimentation locale et de qualité et accompagner les exploitations dans leur transition nécessitent des moyens concrets.

C’est pourquoi notre groupe a déposé un amendement proposant 5 millions d’euros pour accompagner la transformation du maraîchage.

Lors des débats, il nous a été répondu que cette orientation était déjà prévue. Pourtant, la majorité a refusé de voter notre amendement.

Nous prenons acte de cette réponse, mais nous attendons désormais des engagements concrets. Si les moyens et les dispositifs existent déjà, ils devront pouvoir être identifiés et évalués. Les agricultrices et agriculteurs ont besoin de mesures effectives, pas seulement de promesses.

Le changement climatique impose de revoir profondément notre rapport à l’eau. Les sécheresses et les tensions sur la ressource nous obligent à faire des choix collectifs, en tenant compte des besoins des habitants, des écosystèmes et des activités agricoles.

Pour notre groupe, la Région doit inscrire clairement un droit au partage de l’eau dans ses politiques agricoles. Cette orientation doit se traduire par des choix cohérents dans ses financements : nous demandons que l’argent public régional ne soutienne pas les mégabassines ni les projets d’accaparement de la ressource.

Défendue par Sabine Lalande, cette position repose sur une conviction simple : l’adaptation au changement climatique ne peut pas consister à sécuriser l’accès à l’eau pour quelques usages au détriment de l’équilibre des territoires. Elle doit privilégier la sobriété, les économies d’eau, la protection des milieux aquatiques et un partage équitable de la ressource.

Pesticides : quand entrera-t-on enfin dans une véritable stratégie de sortie ?

La transformation agricole passe aussi par la réduction de notre dépendance aux produits phytosanitaires et aux pesticides.

Lors de cette session, Mélanie Cosnier a interpellé la majorité sur une question essentielle : quand la Région s’engagera-t-elle dans une véritable stratégie de sortie des pesticides ?

Présente avec Gaëlle Rougeron lors de la manifestation internationale consacrée à ces enjeux dans l’Eure, elle a rappelé la nécessité de prendre au sérieux les risques pour la santé humaine et l’environnement. Face à ces préoccupations, la majorité évoque les produits phytosanitaires comme des « médicaments pour les plantes ». Une formulation qui ne doit pas faire oublier les risques liés à leur utilisation ni la nécessité de réduire notre dépendance à ces substances. Pour notre groupe, il s’agit bel et bien de poison responsable des cancers pédiatriques, de la pollution de l’environnement. 

Nous défendons une trajectoire claire, des objectifs mesurables et un accompagnement réel des agriculteurs vers des alternatives biologiques et agroécologiques.

Pour le groupe L’Écologie ensemble, l’accélérateur agricole voté par la majorité ne répond pas à l’ampleur des défis agricoles et climatiques. Il manque une ambition structurante, des moyens clairement identifiés et des garanties fortes sur la préservation des ressources naturelles.

Nous demandons une politique agricole régionale qui :

  • Donne les moyens de la transition, notamment en soutenant la transformation du maraîchage.
  • Protège l’eau et organise son partage, en excluant le financement régional des mégabassines et des projets d’accaparement de la ressource.
  • Préserve les sols et la biodiversité, en conditionnant les soutiens à des exigences environnementales fortes.
  • Accompagne la sortie des pesticides, avec une stratégie claire et des alternatives accessibles aux agriculteurs.
  • Garantisse la transparence et la concertation, sans affaiblir les règles qui protègent les territoires.

Accélérer ne suffit pas. La véritable urgence est de transformer notre modèle agricole pour le rendre plus résilient, plus juste et plus respectueux du vivant.