Evaluation de l’impact des coupes budgétaires : La majorité nous sort une “vraie fausse évaluation” 

Fin 2024, la majorité de Christelle Morançais s’était engagée à évaluer les conséquences de ses coupes budgétaires. Un an et demi plus tard, elle a présenté une évaluation aussi contestable sur la forme que sur le fond. Étude menée dans des délais très courts, périmètre d’analyse réduit par rapport à l’engagement initial, opacité du comité de pilotage chargé de suivre les travaux… Lors de la séance du Conseil régional, Lucie Etonno et Franck Nicolon ont dénoncé tour à tour cette tentative d’instrumentalisation d’une prétendue évaluation au service de la communication de la majorité régionale.

En décembre 2024, la droite régionale a voté un amendement l’engageant à mener une évaluation de l’impact de ses coupes budgétaires auprès de l’ensemble des acteurs de la culture, du sport, de l’économie sociale et solidaire, etc … Nous avions à de nombreuses reprises rappelé la majorité à ses obligations, en demandant la publication de cette étude. 

À la suite de cet engagement, un comité de pilotage a été constitué pour suivre cette évaluation. Comité dont les groupes minoritaires de la région ont été exclus et dont nous ne savons rien (qui en est membre, comment ceux-ci ont été désignés, combien de fois ce comité s’est-il réuni, quelles seront les prochaines évaluations ?…). Malgré nos nombreuses demandes, la majorité entretient le flou autour de ce comité et n’a pas répondu aux questions que nous avons posées en séance du Conseil régional.

Autre sujet d’inquiétude : alors que l’amendement adopté prévoyait une évaluation des conséquences des coupes budgétaires sur l’ensemble des politiques concernées, aucune information ne nous a été transmise sur ce point. Ce n’est qu’à la lecture des rapports soumis au vote lors du Conseil régional que nous avons découvert que l’étude se limitait finalement au seul secteur du spectacle vivant : ce qui ne représente qu’une partie seulement des secteurs touchés. 

Sans surprise, les conclusions du rapport laissent entendre que les coupes budgétaires de la Région n’auraient eu que peu, voire aucun impact sur les structures concernées. Une conclusion qui donne le sentiment que les résultats étaient connus avant même que l’évaluation ne soit menée.

Pourtant, de nombreux éléments conduisent à remettre en question aussi bien la méthode employée que les conclusions présentées.

D’abord, cette évaluation a été conduite par l’inspecteur général de la Région, ancien directeur des ressources humaines de la collectivité. Un choix qui interroge nécessairement sur les garanties d’indépendance et de neutralité de la démarche. Il est d’ailleurs étonnant de constater que la majorité régionale, pourtant habituée à recourir à des cabinets de conseil, n’ait pas confié cette mission à un organisme extérieur.

Ensuite, les travaux ont été réalisés en seulement quelques semaines, entre février et juin, un délai particulièrement court au regard des standards habituellement nécessaires pour conduire une véritable évaluation. À cela s’ajoute un périmètre largement réduit, puisque seule la politique en faveur du spectacle vivant a été étudiée, alors que l’engagement initial portait sur l’ensemble des politiques concernées.

Enfin, l’analyse repose sur un nombre limité d’indicateurs et reconnaît elle-même le manque de données disponibles pour conduire une évaluation plus approfondie. En définitive, la Région, qui s’était engagée à mesurer précisément les effets de la suppression de ses subventions, se contente d’examiner une partie très restreinte de son action. Cette approche minimise les conséquences de ses choix budgétaires, ignore les effets en cascade sur les autres acteurs et relativise l’impact réel des décisions prises.

En d’autres termes, ce rapport semble avoir été conçu avant tout pour justifier, auprès des médias et de l’opinion publique, les choix budgétaires de la majorité régionale. Présenté comme une évaluation indépendante, il s’apparente davantage à un exercice de communication soigneusement calibré qu’à une véritable démarche d’évaluation des politiques publiques.

Mais nulle surprise ici, la majorité régionale est une habituée des “vraie fausse évaluation”. La première en date ? Un sondage mis en scène savamment, un outil de propagande pourtant financé grâce au crédit de formation des élu·es. Un sondage à 22 000 euros qui avait servi, selon les termes officiels que l’on voit dans les documents budgétaires … d’évaluation des politiques publiques.

En bref, la majorité confond opinion et évaluation et ne sert que la communication personnelle de la présidente.