Nantes, le 15 octobre 2026
Comme chaque année, la session d’octobre du Conseil régional est notamment l’occasion de présenter le rapport sur la situation en matière d’égalité entre les femmes et les hommes pour l’année précédente. Si, en début de mandat, ce document dressait un état des lieux de la situation et proposait des perspectives ainsi que des pistes d’action, il ressemble aujourd’hui de plus en plus à un simple catalogue d’initiatives menées par différentes structures du territoire, sans vision politique globale ni ambition à la hauteur des enjeux.
Depuis la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, les collectivités de plus de 20 000 habitant·es sont tenues de présenter chaque année, préalablement aux discussions budgétaires, un rapport sur la situation en matière d’égalité entre les femmes et les hommes à leur assemblée délibérante.
Ce document doit rendre compte, d’une part, des politiques menées par la Région en faveur de l’égalité et, d’autre part, de la situation en matière d’égalité professionnelle au sein de ses propres services.
Pourtant, au fil des années, Gaëlle Rougeron a souligné que ce rapport se transforme en un inventaire d’actions conduites par une multitude de structures autres que la région, sans que celles-ci ne soient le résultat de la politique publique régionale. Mais pas d’inquiétude, la région est toujours belle et bien présente dans ce rapport. Justement, chaque action menée par la Région, même sans lien apparent avec les sujets d’égalité, est mise en avant. A ce titre, on y retrouve par exemple le soutien à la compétition des Worldskills, La Promotion ou encore le fonds d’aide au développement de productions cinématographiques.
Seule action en faveur de l’égalité rescapée des coupes budgétaires de décembre 2024, la soirée des trophées Joséphines couvre à elle seule presque 3 pages du rapport.
En revanche, ce rapport ne dit rien de l’impact des coupes budgétaires de la Région auprès des structures de la région. La Région aurait pourtant pu évaluer les conséquences de la réduction des financements sur les actions du Planning familial et d’autres structures, notamment en matière de santé et d’accompagnement des femmes. Elle aurait également pu mesurer les effets de la diminution des actions de sensibilisation menées dans les lycées. Autant de questions essentielles qui restent sans réponse.
Le renouvellement de la soirée des trophées Joséphine n’y fera rien, le fait est que la région n’a plus aucune politique d’égalité. Depuis 2025, l’égalité a même disparu des champs d’action des commissions thématiques de la Région. Un recul révélateur de la place désormais accordée à cet enjeu par la majorité régionale.
Pourtant, notre groupe avait des propositions concrètes à apporter. Avec le groupe Printemps des Pays de la Loire, nous avons mené un travail d’évaluation des conséquences des coupes budgétaires régionales dans le cadre d’une mission d’information et d’évaluation. Ce travail a abouti à plusieurs propositions visant à permettre à la Région d’agir concrètement en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes et de mieux accompagner les associations qui la font vivre au quotidien.
La réponse de l’élue déléguée à l’égalité est particulièrement révélatrice. Selon elle, si les subventions aux associations ont été supprimées à la fin de l’année 2025, les trois grands réseaux associatifs n’auraient pas été directement touchés, puisqu’ils existent toujours. Seule leur instance de coordination aurait subi les conséquences de ces coupes. Elle a également relativisé le rôle des réseaux départementaux, estimant que les aides régionales qui leur étaient accordées étaient « dérisoires ». Elle est même allée jusqu’à citer le cas d’une association qui aurait indiqué ne pas avoir été affectée dans son fonctionnement par la baisse des financements régionaux.
Une telle réponse témoigne d’un profond mépris pour les associations qui subissent les conséquences des coupes budgétaires et pour celles et ceux qui, sur le terrain, agissent chaque jour en faveur des droits des femmes. Réduire l’impact de ces décisions à la seule existence des structures revient à ignorer les moyens dont elles disposent réellement pour mener leurs missions, coordonner leurs actions et répondre aux besoins de la population.
Enfin, le volet consacré à la Région en tant qu’employeur soulève lui aussi de sérieuses inquiétudes. L’index de l’égalité professionnelle présenté dans le rapport reste inférieur au seuil légal de 75 points sur 100 pour la deuxième année consécutive. Plusieurs indicateurs affichent des résultats préoccupants, notamment celui relatif aux écarts de rémunération entre les femmes et les hommes parmi les dix plus hautes rémunérations.
Ces résultats interrogent directement la capacité de la Région à garantir l’égalité professionnelle au sein de ses propres services. Le principe est pourtant simple : à travail égal, salaire égal, quel que soit le genre. La Région, qui devrait être exemplaire en la matière, doit prendre ses responsabilités et mettre en œuvre des mesures concrètes pour corriger ces inégalités.
Nous avons donc interrogé la majorité régionale afin d’avoir des explications quant aux mauvais résultats en matière d’égalité professionnelle, demandant également un calendrier d’actions relatif au plan régional 2025-2028 en faveur de l’égalité professionnelle. Des questions restées sans réponse précise, la majorité estimant déjà faire le nécessaire en la matière.
L’égalité entre les femmes et les hommes ne peut se résumer à quelques événements mis en avant dans un rapport annuel. Elle exige une politique volontariste, des moyens pérennes, un soutien réel aux associations et une véritable exigence d’exemplarité de la part de la Région en tant qu’employeur.
